Si je vous dis Asakusa, vous allez sûrement me parler du Sensō-ji et de son allée de petites boutiques à souvenirs, les grandes stars de ce quartier. Pourtant, à 10 minutes à pied de là se trouve la rue Kappabashi, le paradis pour ceux qui voudraient remplir leurs placards de cuisine.

Pourquoi je suis allée là bas ?

J'ai appris l’existence de ce quartier en revenant de mon premier voyage, de retour en 2013 sur le sol Nippon. J'y ai traîné Aku, histoire de dépenser les maigres yens qu'il me restait, mais je n'avais fait aucune photo, trop occupée à me trouver LE bento kawaii.


Je suis donc repassée à Kappabashi exprès en 2017 pour vous faire des photos et ainsi vous écrire un article. Ne suis-je pas sympa ? Et non, mon passage là-bas n'a rien à voir avec ma névrose de collectionneuse de bol de riz kawaii.

Ce qu'il y a à voir ?

Tout comme le quartier de Nippori ne comporte presque que des magasins se rapportant au textile, Kappabashi, lui, se compose uniquement de magasins spécialisés en fournitures pour restaurant. Là-bas, vous trouverez tout ce qui touche à la restauration et par la même occasion à la cuisine. Sur 800 mètres de rue c'est près de 160 magasins en relation avec la bouffe qui vous attendent.


Le premier intérêt est bien sûr de courir les magasins de vaisselle. Que vous cherchiez des bols à riz, des bols à nouilles, des service à saké, des tasses à thé, une saucière à sauce soja, des porte-baguettes, des vanneries pour les tempura ou des théières, votre bonheur est là.


Mais on peut aussi en profiter pour revoir un peu sa décoration intérieure dans les magasins de noren ou de lanternes. Voir même investir dans quelques zabuton, ces coussins de sol destinés au confort de nos postérieurs.


Kappabashi est aussi très connu pour ses magasins de couteaux japonais. Oui, ceux-là même qui coûtent une blinde mais vous découpent une viande ou un poisson comme du beurre. Les seconds magasins star du quartier sont ceux qui vendent des sampuru. Mais si, vous savez, ces fameuses imitations de plats en plastique ou résine que l'on trouve devant 50% des restaurants au Japon et qui nous sauvent bien souvent la mise à nous, pauvres touristes. Eh oui sampuru dérivant du mot “sample” anglais.


C'est aussi le lieu idéal pour trouver des choses auxquelles on n’aurait pas forcément pensé : des emporte-pièces en forme de sakura ou d'érable, de quoi sublimer les petits légumes de vos soupe miso. Ou encore des fers pour marquer les dorayaki.


Mon avis

Kappabashi fait partit de ces endroits où mon portefeuille fait de la combustion spontanée. Le quartier en lui-même n'est pas le plus glamour et n'a rien de rare. La rue est grise, c'est une deux fois deux voies. Non, on est clairement là pour faire les magasins.

Et les kappa dans tout ça ?

Kappabashi doit son nom au célèbre Kappa, ce yokai aquatique. Vous le croiserez tout au long de la rue ; qu'il soit grand ou petit, il est toujours là. D'ailleurs m'a copine CocoYuyu leur a dédié un article où elle part à la chasse des kappa d'Asakusa.


Quoi rapporter ?

À Kappabashi vous avez l’embarra du choix, que ce soit au niveau vaisselle ou ustensiles de cuisine, vous trouverez forcément votre bonheur.


Comment se rendre sur place ?

La station de métro la plus proche du début de la rue est Tawaramachi Station sur la Ginza Line. Mais vous pouvez très bien descendre à la Gare d'Asakusa.

En remontant l'Asakusa-dōri vers l'ouest, vous croiserez la rue de Kappabashi qui sera sur votre droite. C'est simple, à l'angle se trouve le koban, le poste de police tout blanc avec ses auvents bleu vif. Si en levant encore un peu plus la tête vous apercevez cinq tasses gigantesques accrochées à la façade de l'immeuble et aux couleurs patriotiques (Bleu, blanc et rouge), vous y êtes !

Porter un kimono est quelque chose que je voulais faire depuis bien longtemps. Mais lors de mon premier séjour au Japon en 2009, je ne savais pas que c'était possible. Pour moi louer un kimono était réservé aux Japonais et uniquement pour de grandes occasions (cérémonie au temple, mariage...) Il faut dire aussi qu'il y avait beaucoup moins de magasins de rental kimono (kimono à louer) que maintenant. Bien sûr, il y en avait, mais ils n'étaient que peu destinés aux touristes.

De retour en 2013, j'ai eu l'occasion de le faire, j'avais même repéré quelques boutiques et j'avais la personne qui parlait japonais sous la main. Mais on était en août et l'idée de porter un kimono par 35 degrés et 70% d'humidité m'a refroidie (je suis si drôle).

Aussi quand Béné, du blog Béné no Fukuoka, m'a proposé de faire un kimono walk avec elle, j'étais aux anges. Enfin j'allais pouvoir essayer le port du Kimono !


Je me permets une petite digression. Si d'habitude j'essaye de vous donner le maximum d'informations sur les lieux où je vais, cet article par contre ne sera que du ressenti de cette expérience. Béné s'étant occupé du programme, des réservations et de la traduction, je n'ai fait que me laisser traîner tel un gros blob.

Pour le récit de notre journée, je vous invite à aller lire l'article de Béné pour lequel j'ai d'ailleurs fait quelques dessins ainsi que son article sur notre croisière sur les canaux de Yanagawa.

La préparation


Dès le petit matin, je file au kombini en bas de la rue m'acheter des épingles à cheveux. Si j'ai pensé à apporter un peu de maquillage histoire de cacher mes cernes de backpackeuse, j'ai complètement oublié de prendre de quoi me coiffer un minimum. Et un kimono met l'accent plutôt sur la nuque, je souhaitais donc relever mes cheveux pour la dégager un maximum.

Après un peu de train, nous arrivons à Yanagawa où nous allons passer la journée et nous filons de suite au magasin de location de kimono où Béné avait réservé. C'est un magasin plutôt vaste et très cosy avec une immense pièce en tatamis. Des kimonos sont exposés de partout ce qui commence à affoler ma passion des motifs japonais.


Le choix du kimono que l'on souhaite louer se fait sur un album photo. Je repère tout de suite un magnifique kimono très design avec des rayures rouges, oui c'est lui que je veux il est trop beau et...
– Pas disponible.
– Ah bon ? Alors celui-ci ?
– Pas disponible non plus ?
– Et lui ?
– Toujours pas ? Dites, c'est un peu lassant... Au cinquième kimono c'est bon, il est disponible. Béné ayant choisi le sien, nous passons à l'habillage.

Dans une pièce tout en longueur dans l'arrière boutique, nous faisons la connaissance de nos habilleuses, une chacune. On dépose nos affaires dans des paniers, comme dans un sentô. Et hop !
Béné qui a l'habitude a tout prévu. Elle portera un petit débardeur et un legging en dessous de son kimono pour contrer le froid de ce mois d'avril qui est encore bien présent.
Moi avec ma tête vide, j'ai pensé à rien, ça fait déjà un mois que je me caille les miches au Japon, continuons sur notre lancée et me voilà en sous-tif/culotte, ce qui étonnera un peu mon habilleuse qui ne s'attendait pas à un tel strip-tease de ma part.

On nous fait d'abord enfiler le juban, qui est un sous kimono et c'est le début du saucissonage.

Car pendant cette partie je me suis rendue compte d'une chose : les Japonais trichent. Bien sûr que les kimonos ont un tombé impeccable, vous verriez le nombre de petites ceintures en tissus qu'il y a là dessous !


Sans parler de celles en élastique avec des pinces à linge à chaque bout qui maintiennent tout cela bien serré. Et le obi qui est toujours super droit, ben c'est plus facile avec une plaque rigide que l'on glisse en dessous. On va aussi vous glisser tout un tas de petites serviettes éponges pour que tout cela soit bien droit.

Oubliez vos fantasmes hentai, un kimono ne doit pas souligner la taille, ni le galbe de la poitrine ou des fesses. Et hors de question de montrer le décolleté, le col sera bien fermé sous le menton. La seule partie sexy, c'est la nuque dégagée, comme je vous en parlais un peu plus haut.

Sachez que louer les kimonos pour la journée et se faire habiller nous coûtera 3240 yens, soit à peu près 25€. J'ai demandé le tarif pour me faire coiffer, mais c'était exactement le même prix 3240 yens aussi, j'ai fait l'impasse sur la coiffure.



Nous sommes enfin habillées, j'ai trouvé ça très rapide, dix bonnes minutes, mais Béné m'a dit qu'en fait, nos habilleuses avaient été plutôt lentes. Il faut dire qu'elles ont beaucoup papoté avec nous. On nous a fait choisir des jolis sacs accordés à nos kimonos, histoire de garder nos affaires. C'est d'ailleurs à ce moment là que je me suis aperçu que j'avais oublié mon appareil photo à mon appart' et que j'ai eu envie de me pendre avec une ceinture. Des tabi et nous voilà parties. Sans oublier de passer d'abord aux toilettes.



Mes impressions


Première constatation en arrivant dehors : « Ah mais il fait froid en fait ! » Ben oui, ma super nuque dégagée dont j'étais si fière, ben je la paye maintenant. Sensation d'ailleurs très étrange d'avoir froid à cet endroit-là.

La suite du programme, c'est balade en bateau sur les canaux de Yanagawa. Tout irait très bien s'il ne s'était pas mis à pleuvoir. On patiente un peu jusqu'à ce que la pluie s'arrête. Certes, les gens du bateau nous distribuent des imperméables transparents un peu rigides, mais non non non, j'ai une super tenue je ne veux pas ressembler à une grosse méduse !


Arrivées à destination, nous visitons une grande maison bourgeoise à l'occidentale dans laquelle il y a une exposition de poupées du Hina Matsuri. Si je n'étais pas très motivée au début, je n'ai pas regretté. Rien que pour le décor, ce qui m'a permis de me rendre compte d'une chose.
 
Lorsque j'avais croisé quelques jours plus tôt à Kyoto des filles en kimono (il faut savoir qu'à Kyoto le rental kimono a explosé, y a des boutiques partout et certaines avec des prix vraiment bas), je m'étais amusée de les voir se prendre en photo devant tout et n'importe quoi. Et si vous êtes dans un temple, c'est quasiment tous les 2m qu'elles s'arrêtent pour faire une photo.
À ce moment-là, ça m'avait fait sourire. Sans me douter que quelques jours plus tard, je serais prise moi-même de la même frénésie de photos. Tout devient prétexte à poser devant et on est toujours à l'affût du moindre lieu un peu sympa pour se faire tirer le portrait.



On croise aussi quelques Japonais qui sont agréablement surpris de voir deux Occidentales en kimono. Surtout que si à Kyoto c'est monnaie courante, ici à Yanagawa, c'est plus rare. Comme Béné explique que c'est une première fois pour moi, on me demande mes impressions, ils sont très curieux de savoir si j'apprécie l'expérience, notamment le patron du restaurant où nous avons mangé. À chaque fois, je dis que je souhaiterais vraiment recommencer, voire casser la tirelire et essayer un kimono beaucoup plus sophistiqué la prochaine fois.


Le retour

Au final nous aurons gardé les kimonos de 11h à 17h. De quoi faire une bonne promenade et prendre assez de photos pour une année de profil Facebook. Je me suis habituée au cour de la journée à marcher à petits pas, les bas de kimono étant très cintrés. J'ai même fini par arrêter de rentrer constamment mon ventre quand Béné m'a fait remarqué que c'était l'avantage des kimonos, on est tellement gainé qu'un relâchement de bidou est invisible. Le déshabillage lui se fait en un clin d’œil. J'ai adoré ma toute première journée en kimono et je n'ai qu'une hâte, c'est recommencer !


Un gros merci à Béné grâce à qui j'ai pu réaliser un de mes souhaits. N'hésitez pas à aller lire son article sur notre journée. Merci à elle aussi d'avoir pris la quasi totalité des photos qui illustrent cet article.

Pourquoi je suis allée là-bas ?


Je ne me souviens plus comment j'ai entendu parler de Narai. J'avais sans doute vu passer une photo de cette petite ville et j'étais tombée sous le charme de ses bâtiments de l'époque Edo. Narai est une des onze stations du Kisoji, l'ancienne route de commerce de la vallée de Kiso. Et en bonne fan d'architecture traditionnelle j'avais donc mis Narai sur ma liste des "Must see".


Au moment d'élaborer mon parcours, je souhaitais rallier Matsumoto à Nagoya, et Narai se trouve être sur une des lignes de train reliant ces deux villes, je décidais donc d'en faire une étape et d'y passer la nuit.

Ce qu'il y a à voir ?


Narai ou comme on l'appelle Narai-Juku (Juku signifiant auberge) est donc une ville petite  étape qui a gardé ses bâtiments traditionnels de l'époque Edo. Et c'est là son charme principal, une balade hors du temps au milieu de ces magnifiques bâtiments, pour certains reconvertis en boutiques ou restaurants.


Narai n'est pas très grande et se visite assez vite. En deux heures vous avez largement fait le tour, vu qu'elle ne se compose que d'une rue principale d'à peu près 1 km. Pour ma part j'y suis arrivée à 13h et je devais passer la nuit sur place. De quoi visiter le village de fond en comble.


À commencer par le petit sanctuaire de Wakamiya-sama (若宮神社) qui, s'il n'a rien de particulier, offre une jolie vue sur le village et les montagnes environnantes.


Puis je me suis offert des soba, qui sont la spécialité de Narai, au restaurant Kanameya (かなめや). Prétexte idéal pour admirer une de ces maisons traditionnelle de l'intérieur, celle-ci datant de la période Taisho.


Passage au temple Chosen-ji (長泉寺) pour admirer le dragon peint au plafond avant de flâner dans le cimetière du temple Daiho-ji (大宝寺). Crapahuter jusqu'à un petit sanctuaire qui le domine, de quoi me faire les mollets et prendre une jolie photo.


Une fois redescendue et alors que j’étais en grande contemplation d'un tas de tuile bleues cassées (j'adore les tuiles bleues) et me demandant si c'était bien raisonnable d'en rapporter un morceau, une mamie vient me chercher, bien décidée à me montrer quelque chose. Elle m'a emmenée jusqu'à un jizo très particulier vu qu'il est appelé Maria Jizo, Maria comme la vierge Marie de la religion Catholique.

En effet, le culte du catholicisme ayant été interdit au Japon de 1614 à 1853, certains japonais le pratiquaient en secret. Le Maria Jizo tient dans ses bras un enfant, qui représente Jésus, qui lui même tient une sorte de croix.


Tant qu'à rester dans les jizo, je suis ensuite allée au sanctuaire d'Hachiman (八幡宮) pour voir ses 200 jizo (二百地蔵尊). Une fois sur place je me suis amusée à les compter, j'avais vraiment du temps, pas de panique le compte y est !


Comme monter et descendre donne faim, petite pause à l’échoppe Kimura pour boulotter des mochi et goûter la seconde spécialité de Narai les goheimochi. Ils sont moins soyeux que les mochi, on sent vraiment les grains de riz, mais sont aussi beaucoup plus gros.


Enfin ma dernière visite fut pour le grand pont Kiso Ohashi (木曽の大橋) qui traverse la rivière Narai, vieux de 300 ans vous pourrez vous prendre pour Chihiro et essayer de le traverser en retenant votre respiration. Mais son plus beau profil restant ses dessous tout en chevrons de bois et de fer.


Mon avis


À environ 1 heure par le train de Matsumoto, si vous êtes quelques jours dans le coin ça vaut vraiment la peine d’aller y faire une balade.

Sinon comme en deux heures on a largement fait le tour vous pouvez coupler la visite de Narai avec Tsumago et Magome deux autres villages de la route du Kisoji qui eux aussi ont gardé leur architecture traditionnelle.

Narai est comme une petite promenade hors du temps. Un coup de cœur spécial pour la boutique Shimaya shikkiten (島屋漆器店), où je crois que même les distributeurs de bonbons sont de l'époque Edo. Et le magasin d'antiquité Miyuki, ses paniers à chats et son poêle à bois en forme de cochon (en plus la gérante passait la musique de Chihiro).


Quoi rapporter ?

Les spécialités de Narai sont la vaisselle en laque et les objets en magemono. Le magemono est une technique de travail du bois. On travaille de fines planchettes de cèdre du Japon et autres bois identiques, que l'on va immerger dans l'eau chaude pour les assouplir dans le but de les courber et de les façonner. On fabrique ainsi des boîtes, des tasses, mais aussi des boîtes à bento.

Pour ma part j'ai rapporté une petite clochette de terre cuite en forme de cheval. Peinte sur un côté des kanji de Narai, elles étaient de plusieurs formes et tailles. Impossible de savoir leur réelle signification mais je n'en ai vu qu'à Narai.


Comment se rendre sur place ?

Narai a sa propre gare, petite gare de campagne, la Narai station desservie par la JR par les lignes Chuo Line et Shinano. Situé à 45 minutes de Matsumoto et 2h30 de Nagoya.


Si comme moi vous voyagez léger, sachez que vous pouvez laisser vos bagages à l’accueil de la gare. Pas de consignes, non la gare est trop petite pour cela, mais on vous gardera vos valises/sacs dans le bureau contre 300 yens.

Une fois arrivé au village, n'hésitez pas à vous rendre à l'office du tourisme situé au centre du village, on vous remettra un plan en anglais des différents lieux de Narai.